La concavité d’un ciel parfaitement bleu qui vient se poser sur l’oeil comme une lentille de contact.

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Ma sieste consistait à raccommoder grossièrement la nuit avec du fil blanc. On voit trop les coutures.

Attachés ou détachés, mes cheveux, à ton avis ? m’a-t-elle demandé. Alors ? a-t-elle même insisté parce que je ne répondais pas. Détachés, ai-je fini par dire, sans un regard, pour qu’elle me laisse tranquille. J’aurais très bien pu dire l’inverse. Mais je ne pouvais pas me douter une seule seconde qu’elle se raserait le crâne.

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La lampe attend patiemment son heure, tapie dans la lumière du jour.

Rouler à toute allure au volant d’un cabriolet, ivre de vitesse me délecter de l’air frais sur mon visage… très peu pour moi. J’aime mieux attendre sagement assis à une terrasse de café que le monde accélère. Autrement dit, un coup de vent.

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C’est parce que je fais mon temps moi-même. Forcément c’est un peu plus long.

La table sur laquelle j’écris est encombrée d’un grille-pain, une salière, un poivrier, un paquet de cigarettes, deux briquets, un cendrier, trois livres, un petit carnet, une orange, un Aloe vera, un flacon de parfum, une tasse, deux verres, et un jeu de cartes. Il fallait que je l’écrive pour faire de la place.

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Ah ! si je pouvais refermer la ville comme un livre. J’irais la lire à la campagne.

Attention, l’absurde crise de hoquet qui provoque l’hilarité autour de vous est un symptôme préoccupant que vous auriez tort de ne pas prendre au sérieux. C’est le signe que vous n’êtes pas drôle.

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L’hypocondriaque est à l’écoute de son corps. Il connaît toute sa vie.

Au premier coup de tonnerre, la panique s’empare des oiseaux qui volent en tous sens à la recherche d’un abri. On dirait qu’ils ne savent pas où se mettre. Pas sous les arbres évidemment.

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Un gros nuage noir comme un loup dans la bergerie.

Rien de plus simple en définitive que le pique-nique. Il s’agit seulement de recouvrir la Terre d’une nappe, se convaincre qu’elle est plate et qu’elle fera une excellente table.

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Du pollen pris au piège dans la toile de l’araignée végétarienne.

Grand soleil sur la ville, et c’est l’effervescence. On dirait qu’on a mis une rondelle de citron dans un Perrier. Tout pétille.

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Ainsi avance la vie : entre deux jours, la nuit comme un coup de rames.

Une fatigue (de vivre) qui ne peut pas se dépasser (présence au monde), car je suis infatigable (vivant) – comme un arbre serait fatigué.

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Le moustique est maladroit, mais c’est bien mon oreille qu’il vise.