En m’habillant ce matin, impossible d’enfiler mon pantalon. Manifestement ça ne venait pas du pantalon, non, c’était un pantalon tout ce qu’il y a de plus normal. Il n’y avait pas déjà quelqu’un dedans. Personne ne lui avait noué les jambes durant la nuit pour me faire une farce. C’est moi, je ne savais plus faire.

– Qu’est-ce que tu fabriques avec ce pantalon ? m’a demandé ma compagne qui passait dans la chambre en coup de vent.
– Je ne sais pas comment l’enfiler, ai-je balbutié alors qu’elle avait déjà quitté la pièce.
– Arrête de faire l’idiot. Dépêche-toi, on va être en retard hurlait-elle depuis la salle de bain.
– Mais puisque je te dis que je n’y arrive pas !
– Allons, c’est ridicule, il n’y a pas dix-huit façons d’enfiler un pantalon a affirmé ma compagne qui était entre-temps revenue dans la chambre.
– Il y en a au moins deux, rétorquai-je, incapable de choisir entre la jambe gauche et la jambe droite.

C’est alors que je me souvins qu’il en existait une troisième, sans doute pas la plus usitée, certainement la plus périlleuse, qui consiste à sauter dans le pantalon de manière à enfiler les deux jambes en même temps. Après plusieurs tentatives non concluantes, je me retrouvai par terre où, tout en me tordant comme un ver, je parvins enfin à me glisser dans le pantalon comme dans une galerie étroite, ou plutôt deux, sous le regard exaspéré de ma compagne.

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L’ordinateur a brouillé les pistes, l’écrivain a désormais des mains de pianiste.

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Les arbres perdent leurs feuilles un peu plus chaque jour. Ah ! Comme ils sont maigres déjà. On voit leurs côtes.

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Des nuages parfaits, comme peints, et d’autres brouillons, comme si l’on avait essuyé le pinceau sur le ciel.

Bien sûr le paillasson est exposé aux courants d’air et se fait piétiner chaque fois que quelqu’un entre ou sort de la maison, mais sa situation lui confère aussi l’avantage de pouvoir regarder sous les jupes des filles, ce qui rend, de son aveu, sa condition plus supportable.

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Le jour de ta mort, tu seras ligoté sur les rails du temps.

Domestiquer le feu n’était rien, dompter le lion un jeu d’enfant, mais conceptualiser le cerceau en revanche n’a pas été une mince affaire, et c’est ce qui rend ce numéro si impressionnant.

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Ouvrez une huître, et vous avez un huit.

Son compliment est passé à deux doigts de m’aller droit au coeur. Fort heureusement il est venu se loger dans l’épaule. Je vais m’en remettre.

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Dieu porte une fausse barbe blanche. C’est un jeune homme.

La mouche trop vive qui échappe de justesse à mes assauts répétés confirme une impression désagréable : je n’ai aucune prise sur le réel.

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Le problème avec la vie, c’est qu’il y a régulièrement des choses lourdes à porter.

Parfois, tandis que nous sommes immobiles, une mouche vient se poser sur nous, qui tâte le terrain avec ses petites pattes, alors nous faisons un mouvement avec le bras pour signifier que, non, nous ne sommes pas morts.

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Un visage que je ne pensais jamais revoir a surgi tout à coup au détour d’un rêve. À moins que ce ne fût au détour d’une rue. Je ne sais plus trop. C’est confus.

Un crochet du droit en pleine mâchoire ne l’aurait pas mieux déstabilisé. Un coup de genou dans les parties génitales ne lui aurait pas davantage cloué le bec. Je me contentai donc de lui faire remarquer qu’il avait un morceau de salade coincé entre les dents, et que sa braguette était ouverte.

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« La vengeance est un plat qui se mange froid » ruminait-il, et il se figurait une sorte de sandwich.